Après avoir intégré la " julgado" [juridiction] de Santa Cruz, la paroisse de Santo Isidoro se développa autour d'un culte qui est devenu un hagiotoponyme, révélateur de son ancienneté et importance dans le progrès de la christianisation locale (ou de la résistance en temps de d'occupation).
Saint-Isidore de Séville était un évêque hispanique du VIIe siècle et si, à en croire Pierre David, il ne serait titulaire d'églises qu'après le IXe siècle, car il n'était pas un martyr, il n'en est pas moins vrai que la présence de cette invocation, sur les rives du Tâmega, est révélatrice des chemins de la Reconquête.
Le curé Carvalho da Costa indique que le bâtiment se trouve dans la seigneurie de Travanca, en 1706, une abbaye ordinaire dont le cens s'élevait à 250 000 réis [ancienne monnaie portugaise]. Vingt ans plus tard, Francisco Craesbeeck confirme le patronage, en affirmant que l'Église est "ancienne et sacrée", mais n'a pas de tabernacle. En 1758, l'abbé João de Freitas Peixoto fournit des renseignements plus complets, en faisant une description plus détaillée de sa paroisse, Santo Isidoro.
Celle-ci appartenait à l'archevêché de Braga, le pouvoir spirituel et ecclésiastique dépendant de la province d'Entre-Douro-e-Minho et des terres de la commune Santa Cruz do Tâmega, dont le donataire était le Comte d'Óbidos. Le pouvoir séculier dépendait de Guimarães, appartenant à la commune qu'elle intégrait.
Dans l'élan de la réorganisation du XIXe siècle, la paroisse est passée à la commune d'Amarante, à la municipalité de Marco de Canaveses et au diocèse de Porto, étant transférée vers ce territoire en 1882.
L'Église Saint-Isidore, construite sur la rive droite de la rivière Tâmega, se distingue par sa structure romane très bien conservée, ayant une seule nef et un sanctuaire rectangulaire.
L'intérieur est composé de parements lisses, en granit apparent et animés par des ouvertures étroites, et d'un simple arc triomphal, légèrement brisé, dépourvu de tout élément décoratif.
Dépossédée de l'ensemble de ses retables, l'Église Saint-Isidore apparaît aujourd'hui, aux yeux du visiteur, comme un espace dépouillé, une conséquence de la profonde restauration réalisée en 1977 et qui aboutit à la découverte de l'ensemble de fresques, de haute qualité, situé sur le mur du fond du sanctuaire et sur les murs adjacents.
Il s'agit non seulement d'un ensemble pictural daté de 1536, mais qui est aussi signé par le peintre Moraes. On sait très peu au sujet de cet artiste, outre le fait d'avoir jouit d'une certaine influence à Porto pendant l'époque de la Renaissance, au cours du mécénat de l'évêque de Viseu, Miguel da Silva (1480-1556).
Sur le mur du fond, la fresque s'étale comme un triptyque, divisé par deux colonnes jaunes. Le panneau central exhibait, bien sûr, la figure du saint patron de l'Église, Saint-Isidore, dont on ne perçoit plus aujourd'hui, autour de l'ouverture romane, que les extrémités de la mitre et du bourdon et la partie inférieure du manteau respectif.
La tête du saint se trouve sur un fragment de pierre, exposé dans le sanctuaire. Le saint patron était flanqué de figures féminines élégantes, vêtues de robes de la cour : la Vierge à l'Enfante et Sainte Catherine d'Alexandrie, celle-ci tenant l'épée et la roue de son supplice, ayant à ses pieds la tête coupée de l'empereur païen responsable de sa mort.
De faux éléments architecturaux créent un sentiment scénographique. Sur les murs adjacents, du côté de l'évangile, il y a la représentation de Saint-Michel qui pèse les âmes et vainc le dragon et, du côté de l'épître, l'image de Saint-Jacques en pèlerin.
En ce qui concerne les tableaux, il convient de mettre en évidence deux peintures à l'huile, l'une sur bois et l'autre sur toile. La première, du XVIIe siècle, représente le Calvaire et la deuxième, du XIXe siècle, arbore un modèle bien connu de la Vierge Immaculée.